Tutoriel photographie infrarouge numérique

Préparez-vous à un voyage au-delà du visible

Passionné par cette technique, je vous ai concocté un tutoriel photographie infrarouge numérique complet : fonctionnement théorique, matériel requis, prise de vue pratique et post-traitement.

Des exemples de photographies réalisées avec cette technique sont visibles sur mon portfolio dédié à l’infrarouge.

Introduction à la photographie infrarouge numérique

Le spectre visible est globalement compris entre 400nm (bleu) et 800nm (rouge). L’infrarouge proche est la partie du spectre lumineux comprise entre 800nm et 1µm environ. Au-delà se trouve le rayonnement infrarouge profond, utilisé pour l’imagerie thermique.

Le rayonnement infrarouge, bien qu’invisible à l’œil nu, peut être capté par les capteurs des appareils photographiques. La photographie infrarouge numérique vise donc à capter le rayonnement infrarouge d’une scène tout en coupant les longueurs d’onde inférieures dans des proportions variables.

Spectre_électromagnétique
Spectre électromagnétique.

Les photographies réalisées avec un filtre coupant à 720nm se caractérisent notamment par des feuilles d’arbres blanches, créant des paysages oniriques.

Néanmoins pour arriver à un résultat correct quelques modifications matérielles et logicielles sont à prévoir. Pour ce tutoriel j’ai utilisé un Canon EOS 50D défiltré full spectrum et d’un objectif Canon 16-35 F/4 IS devant lequel j’ai vissé un filtre Hoya R72, les photos ayant été traitées sous Lightroom et Photoshop.

Modifications matérielles indispensables en photo infrarouge

Comme présenté en introduction, les capteurs intégrés dans les appareils photos numériques peuvent capter le rayonnement infrarouge. En pratique néanmoins, un filtre coupant la lumière au dessus de 720nm, appelé hot mirror, est placé devant le capteur. Trois méthodes sont alors envisageables pour réaliser des photos infrarouges :

Utiliser un appareil non-défiltré associé à un filtre IR vissé sur l’objectif. Cette méthode est la moins onéreuse et ne vous demandera que l’achat d’un filtre infrarouge.

Néanmoins la présence du filtre coupant l’infrarouge devant le capteur implique des temps de pose très longs. Par exemple, avec un Canon 5D mark II en milieu de journée ensoleillée, un temps de pose de 30s à 400 iso est nécessaire pour obtenir une exposition convenable.

Cette méthode a donc quelques inconvénients : utilisation d’un trépied pour les poses longues, importantes aberrations chromatiques, bruit numérique marqué et risque de points chauds avec certains objectifs.

Utiliser un appareil numérique défiltré avec refiltrage infrarouge interne. Cette méthode remplace le filtre coupant l’infrarouge devant le capteur par un filtre IR.

Le filtre IR n’est donc pas vissé sur l’objectif ici, ne permettant pas de changer de filtre et donc de longueur d’onde. Le choix du filtre IR est donc essentiel.

Cette méthode permet de prendre des photos à main levée et de pouvoir cadrer via le viseur optique de votre appareil réflex.

Utiliser un appareil numérique défiltré avec refiltrage full spectrum. C’est la méthode que j’utilise : le filtre coupant l’infrarouge devant le capteur est remplacé par un filtre clair laissant passer l’ensemble du spectre lumineux.

Tout comme la première méthode, un filtre IR est ensuite à visser devant l’objectif afin de ne sélectionner que l’infrarouge. L’effet IR est alors modulable en changeant simplement le type de filtre IR utilisé.

Néanmoins la visée par le viseur optique n’est plus possible, l’œil n’étant soumis qu’à l’infrarouge. Mais l’avènement de la fonction Live View sur les appareils récents supprime cette contrainte.

Choix du filtre infrarouge

En photographie infrarouge, le choix du filtre impacte directement le rendu qu’auront vos photos. Le filtre le plus couramment utilisé est le filtre Hoya R72 coupant à 720nm. Le modèle équivalent chez Kolari Vision est également une valeur sûre et dispose en plus d’un traitement anti-hotspot. Enfin, le filtre Heliopan 695nm offre un peu plus de nuances dans les blancs. Les feuilles des arbres apparaissent totalement blanches et le ciel se pare d’un bleu profond.

Tour Eiffel à travers les arbres et péniche naviguant sur la Seine. Photographie infrarouge issue de la série Paris Invisible et réalisée par le photographe Pierre-Louis Ferrer, illustrant le workshop photographie infrarouge.

Pour des longueurs d’onde inférieures à 700nm, et laissant donc passer une partie du spectre visible, les feuilles des arbres peuvent prendre une teinte jaune-dorée suivant le réglage de la balance des blancs. Les longueurs d’ondes au-delà de 800nm sont plutôt indiquées pour le noir et blanc.

photographe jardin de Marqueyssac. Photographie infrarouge issue de la série Périg'Or Jaune et réalisée par le photographe Pierre-Louis Ferrer, spécialiste en photographie dans l'ultraviolet et l'infrarouge.

Pour ce tutoriel j’utilise un filtre Hoya R72. Néanmoins le traitement est similaire pour des longueurs d’onde inférieures. Vous trouverez un comparatif complet des filtres infrarouges via cet article. J’ai également rédigé un second tutoriel concernant la photographie infrarouge couleur à 665nm.

Post-traitement spécifique à la photo infrarouge numérique

Le traitement numérique est obligatoire afin d’obtenir un résultat convenable en photographie IR. La première étape est essentielle car elle influe directement sur le rendu infrarouge : le réglage de la balance des blancs. Pour cette raison je vous conseille de shooter en format RAW, qui vous permet de régler manuellement ce paramètre.

Une autre méthode consiste à utiliser une balance des blancs personnalisée obtenue en shootant une charte gris neutre. Pour ce tutoriel je prends l’exemple d’une photo prise avec une balance des blancs automatique, et nécessitant donc une modification manuelle. Dans le cas d’une balance des blancs personnalisée cette première étape n’est pas obligatoire.

Je règle la balance des blancs de la façon suivante :

  1. Température : -2000K
  2. Teinte : entre -40 et -30 (filtre 720nm)

La valeur de la teinte dépend de la période de l’année : pour un soleil de printemps-été, je la règle entre -40 et -35 ; en été-automne entre -35 et -30. La teinte sert de valeur d’ajustement afin que les composantes bleue et rouge de l’histogramme du fichier RAW soient superposées. L’image suivante illustre de gauche à droite le rendu du RAW d’une photo prise à 720nm en sortie de boitier, après correction de la balance des blancs et après diminution de l’exposition :

Réglage de la BdB
Etapes d'ajustement du fichier RAW en sortie de boitier.

J’applique le profil de correction de l’objectif, j’exporte le RAW en TIFF 16bit et je passe sous Photoshop. A cette étape, nous allons inverser les composantes rouge et bleue de l’espace RGB afin d’obtenir un ciel bleu. Cela aura également pour effet d’augmenter la blancheur des feuilles. La démarche à suivre est la suivante :

  1. Ouvrez l’outil « Mélangeur de couches ».
  2. Sélectionnez la composante « Rouge », faites passer la jauge « Rouge » de 100 à 0 et la jauge « Bleu » de 0 à 100.
  3. Sélectionnez la composante « Vert », faites passer la jauge « Rouge » de 0 à 50, la jauge « Vert » de 100 à 0 et la jauge « Bleu » de 0 à 50.
  4. Sélectionnez la composante « Bleu », faites passer la jauge « Rouge » de 0 à 100 et la jauge « Bleu » de 100 à 0.

Inversion canaux RVB
Etape d'inversion des couches RVB.

La photo obtenue est très proche du résultat final, mais manque de contraste. J’utilise les masques de luminosité (voir mon tutoriel ici) afin d’augmenter significativement ce paramètre :

Accentuation du contraste par masques
Etape d'accentuation du contraste.

Une dernière astuce si vous trouvez le ciel trop pâle : utilisez la fonction « Correction sélective » afin d’accentuer la saturation du bleu sans impacter les autres couleurs. Pour cela, il suffit d’appliquer le réglage suivant sur la composante bleue uniquement :

  1. Cyan : +100%
  2. Magenta : +100%
  3. Jaune : -100%

Passez le calque de réglage en mode « Couleur » afin de modifier la saturation sans impacter la luminosité. Dupliquez ou diminuez l’opacité du calque suivant le rendu souhaité :

Saturation du ciel
Etape de renforcement du bleu du ciel.

Le résultat final obtenu après recadrage est le suivant :

Photographie illustrant la technique de photographie infrarouge à 720nm dans le tutoriel de Pierre-Louis Ferrer.
Photographie infrarouge après traitement numérique.

Le ciel est bien bleu, les troncs et les branches sont marrons et les feuilles sont blanches : la balance des blancs a été correctement réglée afin d’éviter un rendu trop froid ou trop chaud.

Conclusion de ce tutoriel photographie infrarouge numérique

Vous voici parez pour aborder la photographie IR numérique dans les meilleures conditions. Pour aller encore plus loin, vous pouvez vous inscrire à mon workshop initiation photographie infrarouge : une formation individuelle tout équipé complète pour réaliser et retoucher vos premières photos IR.

Pour aller plus loin

A travers mon savoir-faire dans le domaine de la photographie infrarouge, je propose un large panel de prestations de captation photo et vidéo IR pour vos projets scientifiques et shootings artistiques.

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Vous souhaitez utiliser certaines des photographies de cet article à des fins d’illustration ou d’exploitation commerciale (en-dehors des photographies incluant les œuvres d’autres artistes) ? Je vous invite à me contacter directement en me présentant vos besoins et le type d’illustration concerné. Je me ferai un plaisir de revenir vers vous dans les plus brefs délais avec une offre commerciale adaptée.

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8 réponses

  1. Bonjour Pierre Louis,
    Merci pour ta réponse en retour sur l’autre site.
    Alors voilà, pour ma part, je possède un Canon 40D et 350D avec le Filtre Hoya R72(jusque la, il me semble que c’est bon).
    J’utilise pour cette nouvelle technique IR un objectif Tamron 17-50mm F2,8. Je shoot en Raw+L.
    J’ai essayé la BdB Auto avec les deux et la BdB personnalisée avec le fitre IR monté sur l’objectif, en plein soleil et sur de l’herbe.
    J’ai un Mac avec Lightroom 3, Gimp, Photoshop CS2 version 8.0.1, DNG PE, Graphic converter, etc…
    Donc de ce côté ci, il ne devrait pas y avoir de problème…Et pourtant!!
    Je bute sur la première étape pour obtenir un blanc parfait au niveau des arbres, buissons et verdure diverse.
    Après pour les manips de luminosité, contraste et mélangeur de couche…je pense avoir pigé à force de faire des essais.
    Peux tu stp me venir en aide? Y’a t’il moyen de t’adresser 1 ou 2 clichés après la prise de vue et avant le post traitement pour voir le résultat?
    J’ai bien d’autres questions aussi concernant l’utilisation de sRVB, sRGB,adobe RGB, ou adobe RVB?? sur L’APN et ou les logiciels.
    Par avance merci pour ta patience si tu décidais de m’accompagner dans cette démarche.
    Pour info: Je réside en Savoie. Je pratique la photo depuis plus de 15 ans (portrait, macro, paysage, HDR, cascades et rivières, etc…).
    Bien cordialement.
    Serge

  2. Bonjour,
    J’aurais bien aimé lire la réponse de Serge, car j »ai les mêmes problèmes…
    Merci de ton aide

    1. Bonjour,
      Concernant le réglage de la balance des blancs, l’idée est de la régler au niveau du boitier pour s’assurer d’une bonne exposition, puis au niveau du traitement numérique de caler les deux composantes bleue et rouge de l’histogramme au même niveau avant d’inverser les couches.
      Une démonstration vidéo est présente ici : http://infrarouge.photo/2015/09/16/traitement-en-720nm/
      Et plus précisément pour Lightroom ici : http://infrarouge.photo/2015/09/16/traitement-avec-lightroom/

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