fbpx

Demain dès l'Aube

À l'heure où blanchit la campagne

Modalités d’acquisition

Terms of acquisition

Titre de la série : Demain dès l’Aube.

Technique : photographie infrarouge numérique.

Année de réalisation : 2020.

Statut : série achevée.

Nombre de photographies : 30 + 9.

Notes de l’auteur :

Demain dès l’Aube est un reportage photographique composé de 39 images réalisées dans le département de l’Aube à l’aide de la technique de photographie en infrarouge.

La réalisation de cette série s’est déroulée dans le contexte particulier du confinement de la France entre mars et juin 2020, causé par la pandémie de COVID-19. Cette situation unique m’empêchant, comme bon nombre de travailleurs indépendants, de poursuivre mes projets durant quelques semaines, j’ai décidé d’intégrer le plan de soutien au secteur agricole proposé par le gouvernement, et d’aller prêter main forte à un viticulteur de l’Aube. J’ai ainsi découvert la richesse naturelle de cette région durant six semaines, au fil des différents étapes de culture des vignes.

En parallèle de ces travaux agricoles, j’ai été frappé par la situation sociale et culturelle de Bar-sur-Aube, ville où je logeais. Les limitations de déplacement m’empêchant d’explorer la ville à ma guise, j’ai rallongé mon séjour de deux semaines après la levée du confinement pour finaliser cette série en arpentant librement ses rues.

« Demain dès l’Aube » reprend le déroulement narratif du poème de Victor Hugo, à la différence qu’ici l’Aube fait référence à la rivière et non au lever du jour. Le voyage du spectateur débute dans la campagne auboise et sur les rives de l’Aube, lieux privilégié de calme et de contemplation de la nature. Les étendues naturelles et préservées font bientôt place aux champs et aux vignes, marquant par la même occasion la présence de l’homme. Le cheminement du spectateur l’amène ainsi progressivement à s’éloigner de la nature pour se rapprocher de la ville, jusqu’au panneau « Bar-sur-Aube », véritable frontière entre deux mondes.

Une fois ce panneau franchi, la contemplation laisse peu à peu place au désarroi. Les façades décrépies et les logements sociaux du centre-ville succèdent aux résidences bourgeoises de son pourtour. De nombreux fonds de commerce sont à vendre, quand d’autres immeubles semblent avoir été touchés par des bombardements et laissés tels quels, comme les témoins d’une guerre qui n’a jamais eu lieu. L’ambiance est telle que l’absence de passants en plein milieu de journée ne choque pas, elle s’intègre au contraire tragiquement au tableau d’un centre-ville fantôme.

La fin du voyage se veut pourtant porteuse d’espoir : l’église Saint-Macloud, en pleins travaux de rénovation, vient illuminer les ruelles sombres tel un phare dans la tempête, et invite le spectateur au recueillement. Il en résulte une sortie de la ville pour retourner à la nature, devenue elle aussi blanche et lumineuse, jusqu’aux rives de l’Aube.

La thématique principale abordée dans cette série est l’invisibilité. Cette invisibilité est tout d’abord caractérisée par la technique mise en œuvre pour réaliser cette série : en photographiant dans le domaine de l’infrarouge, je capte un signal lumineux invisible à l’œil nu, révélant une nature aux teintes tantôt rouges vives, tantôt d’une blancheur immaculée. Suivant la progression du spectateur, le rouge dynamise, déstabilise puis dramatise, tandis que le blanc apaise et illumine.

Cette captation de l’invisible physique est mise à profit dans la révélation d’une invisibilité sociale. Bar-sur-Aube symbolise de nombreuses villes de la région, médiatiquement anonymes, partageant le même état d’abandon culturel et économique. Qui pourrait croire qu’une telle situation puisse exister en 2020 à moins de trois heures en voiture de Paris, dans une région bénéficiant d’une telle richesse naturelle ?

Enfin, le poids de l’invisibilité sociale est renforcé par l’invisibilité humaine caractérisant chacune de mes images : le spectateur est directement plongé dans chaque scène, sans possibilité de se dérober par l’intermédiaire d’un passant.

La série « Demain dès l’Aube » a donc été construite comme un témoignage social, un coup de projecteur sur une ruralité française invisible, à travers un regard extérieur. J’ai voulu dépeindre au plus près mon ressenti au cours de ce séjour dans une ville, et plus globalement dans une région, que je ne connaissais pas. Mon but est d’amener le spectateur à suivre le même cheminement, d’être confrontés à la même réalité, pour lui faire prendre conscience de cette situation.

Title of the series: Demain dès l’Aube.

Technique: digital infrared photography.

Year of realization: 2020.

Status: completed series.

Number of photographs: 30 + 9.

Author’s remarks: